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Galerie de portraits : l’ensemble des personnages de PMC !

Voici l’ensemble des personnages importants (principaux et secondaires). Mais, tout d’abord, un peu de contexte pour comprendre les éléments qui structurent la saga PMC : cette fois, Vincent est entouré de nouveaux compagnons et il se retrouve prisonnier de Don Vesco, obligé d’accomplir pour lui des missions dans le passé lointain (jusqu’en 1799 !). Mais Vincent veut s’affranchir de l’emprise de l’Organisation, libérer Vincent senior, Laurence et Hélène qui sont retenus en otages et retrouver sa liberté… Pour cela, il doit comprendre quels sont les buts réels de l’organisation de Don Vesco s’il veut vraiment y échapper une bonne fois pour toutes.

En parallèle, on découvre que Vincent et les autres sont enfermés dans une simulation gérée par l’institut PMC (Prévision Maîtrise Contrôle), une société de services privée qui a les grandes branches du gouvernement de l’Union pour clients. Les spéciaux dirigés par le major s’intéresse aussi à PMC…

Vincent Tria
Vincent suit d’abord une formation au camp TP1 (une base perdue au milieu du désert) dirigé par le Colonel. C’est là qu’il y rencontre Simon. Après ce stage peu ordinaire, Vincent enchaine les missions dans le passé avec Simon. C’est ains qu’il croise Abel.

Vincent senior
Non content d’avoir réussi à cueillir Vincent, Don Vesco a également enlevé Vincent senior, Hélène et Laurence afin de faire pression sur Vincent et les retiens prisonniers au camp CP8 (une prison à ciel ouvert, elle aussi en plein désert comme le TP1). Senior veut rejoindre Vincent afin de l’aider dans sa quête : comprendre où ils sont tombés, qui tirent les ficelles, pourquoi et, enfin, retrouver pour de bon leur liberté.

Le Colonel
Surnommé « mister rigide » (devinez pourquoi !), il dirige le TP1 d’une main de fer. Obéissant à Don Vesco, le Colonel cache ses doutes sur l’organisation et mène sa propre enquête en secret. Lui aussi se considère comme un prisonnier au TP1 et lui aussi veut apprendre la vérité pour en sortir, pour de bon.

Capestan
C’est le régisseur du TP1 et du CP8. Il est sous les ordres du Colonel. Efficace mais peu apprécié (même le Colonel n’est pas un fan) à cause de son attitude de « vicieux assumé »…

Simon Garfunkel
Prisonnier stagiaire comme Vincent, Simon est un petit gars timide qui veut juste vivre sa vie tranquillement. Il va coller aux basques de Vincent, tremblant de l’audace de ce dernier mais reconnaissant à chaque fois qu’il lui sauve la mise…

Abel Braun
Abel est un « contrôleur » chargé d’évaluer les stagiaires lors de leur mission-test. Il donne un coup de main à Vincent et à Simon à Tarente et leur révèle qu’il veut lui aussi échapper à l’organisation. les trois hommes deviennent complices.

April Horn
C’est une permanente qui gère les expériences publicitaires menées sur les habitants de la ville de Tylerton pour le compte du groupe OMI. Elle remarqua aussitôt les deux Vincent qui ne faisaient pas partie de son « paysage habituel ».

Uwe Topper
C’est un historien allemand qui s’est spécialisé dans les anomalies de l’Histoire. Cette spécialité l’a signalé aux yeux de Don Vesco qui a voulu qu’il soit éliminé. Mais le Colonel l’a sauvé… Pourquoi ?

Ronald Hobbs
C’est le directeur et fondateur de l’institut PMC. Il est le pionnier dans le domaine des simulis avec Didier Carron mais, au contraire de ce dernier, il a préféré créer sa boite et se lancer dans les affaires. Il s’est retrouvé impliqué dans un accident de transfert qui a été étouffé par l’armée (son client dans cette opération). Ronald se consacre corps et âme à PMC et il s’est dédoublé pour être présent en permanence dans le simuli : en effet, Don Vesco est le « Doppelgänger » de Hobbs !

Don Vesco
C’est le double de Hobbs mais pas seulement. En se dédoublant afin de pouvoir rester en permanence dans le simuli, Don Vesco s’est trouvé une personnalité propre. Tout aussi froid que Hobbs mais plus sémillant (non, ce n’est pas antinomique !), Don Vesco semble particulièrement apprécier de tirer les ficelles dans l’univers virtuel !

Pierre Dupasquier
Un des scientifiques de la clinique de l’EPFL. Il a eu la malchance d’être choisi par Gerdhachi quand Hobbs lui a demandé d’assommer un type au hasard afin de lui dérober son marqueur (le dispositif qui permet de déclencher le retour dans le monde réel…). Pierre est l’époux d’Anne-Marie.

Lieutenant Cyrus Gerdhachi
Le lieutenant Gerdhachi s’est fait démasquer par le major (alors qu’il complotait avec Pajera pour informer le président des intentions de meurtre du major…). Il s’est enfui dans les simulis en suivant Hobbs. Lui aussi est remonté à la surface, après Hobbs, en utilisant le corps de Laurent Bertin. Une fois de retour dans le monde réel, il s’est empressé de rencontrer Pajera à Bruxelles afin de reprendre l’offensive contre le major…

Laurent Bertin
Avec Pierre Dupasquier, c’est l’autre victime de la nécessité de retour à la surface pour le duo Hobbs-Gerdhachi. Bertin est un des adjoints de Didier Carron, le boss de l’EPFL.

Bernard Bousson
Le bras droit de Hobbs à PMC. Il déteste aller dans les simulis car cela lui fait peur…

Anne-Marie Dupasquier
Épouse frustrée de Pierre Dupasquier (qui ne pensait qu’à son travail sur le simuli de l’EPFL), Anne-Marie ne s’est pas laissée abuser bien longtemps par Hobbs : elle comprit rapidement que cet homme n’était pas son mari même s’il en avait l’apparence physique. Elle s’est tout de suite prise au jeu et s’efforce depuis d’aider Hobbs et Gerdhachi dans leur lutte.

Didier Carron
Le patron des simulations de l’EPFL ne s’attendait pas à être réquisitionné par les spéciaux afin de suppléer à la disparition de Ronald Hobbs et de devoir gérer PMC à sa place. Carron obéit aux spéciaux, tout en essayant de ne pas perdre le fil sur ce qui se passe à l’EPFL grâce à Stéphane Disier (son jeune collaborateur toujours à Lausanne lui) qui lui téléphone régulièrement afin de l’informer de ce qui se passe sur le campus…

Felice Pajera
Pajera travaille à l’administration centrale et c’est comme cela qu’il s’est trouvé au contact de Hobbs à propos de PMC… Une rencontre qu’il n’est pas prêt d’oublier !
Après l’assassinat du président Harriman et la disparition de Gerdhachi, Pajera s’est tenu tranquille en espérant que les spéciaux ne remonteraient pas jusqu’à lui…

Le premier secrétaire de l’Union
Ce politicien falot se retrouva propulsé à la tête de l’État suite au meurtre du président Harriman… Mais ça ne dura pas, car le major lui prit cette place convoitée vite fait, bien fait !
Depuis, il attend de voir comment les choses tournent… Il va justement pouvoir revenir dans le jeu grâce à l’efficacité et la détermination de sa chef de cabinet (Florence Richelieu).

Le major Rouhier
C’est le redoutable chef des spéciaux, les services secrets de l’Union. Le major est un personnage retors et sans scrupule. Il est prêt à tout pour préserver les spéciaux et accroitre leur pouvoir. Il ne laisse rien au hasard et n’a confiance en personne.
Lorsqu’il découvre PMC et son potentiel, il décide de se l’approprier et place Gerdhachi à l’intérieur pour surveiller Hobbs et Bousson.

Mercure
Être devenu le complice et l’exécutant du major dans le cadre de l’assassinat du président Harriman lui a valu une grosse promotion : le major fait appel à lui tout le temps désormais !
C’est l’homme de main du major. Il lui obéi aveuglément.

Hector
Encore un collaborateur du major appelé à jouer le rôle d’homme à tout faire… Vous verrez vite pourquoi !

Richard Neveux
Un scientifique de la clinique. Ambitieux, Neveux ne perd pas une seconde pour profiter de l’absence de Didier Carron. Ayant eu la chance de mettre la main sur les Vincent et le Colonel, il en profite pour leur attribuer des missions spéciales (dans le passé) de son cru avec l’aide de son assistant, Patrick Bachelard.

Florence Richelieu
C’est le bras droit du premier secrétaire. Ambitieuse, énergique et pleine de ressources (et d’astuce), c’est elle qui mène la danse au palais de l’Union.

Bob Penske
C’est le chargé d’affaires américain. Derrière ce titre banal (qui est en fait une couverture), Bob est le chef de l’agence de renseignements américaine en Belgique. Bref, un espion, le genre de type contre lequel lutte le major depuis toujours…

Pete Donohue
C’est le chef du service actions des américains. Il est sous les ordres de Bob Penske.

Argo
Il est chargé de la protection rapprochée du major. Son obsession du détail lui fait imaginer des solutions pour tout. Rigide comme le Colonel et parano comme son patron, ce n’est pas quelqu’un avec qui il est facile de travailler, comme Florence va s’en apercevoir !

Un extrait du tome III pour vous faire patienter…

Le tome III de PMC est en cours de rédaction. J’en suis au chapitre 12 (sur 15 prévus) et ça avance plus ou moins bien : très bien certaines semaines, pas du tout quelquefois !

Mais, en attendant de pouvoir vous annoncer que le T3 est enfin terminé et en cours de corrections, voilà déjà un extrait conséquent (deux chapitres quand même !) afin de vous faire patienter. J’ai choisi cet extrait soigneusement : il ne révèle rien de l’intrigue du T3… Aha, je ne vais pas me spoiler tout de même !

Allez, trêve de bavardage, voici l’extrait (vierge de toute correction, ça pique un peu les yeux sans doute ça et là…) :

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V. Le projet fou

Espace CR5, date inconnue

Vincent, sénior et le colonel se sont installé à la « clinique » à l’invitation de Richard Neveux et ce dernier a promis de prendre soin de Topper qui a sa chambre individuelle où, allongé sur un lit, il regarde fixement le plafond sans jamais dire un mot…

Nos trois compagnons se retrouvent dans le bureau de Neveux où ce dernier veut les entretenir des dernières nouvelles  les concernant et de son projet :

Neveux- J’ai commencé mon enquête et je pense que votre histoire trouve son origine dans un incident qui a concerné l’institut PMC il y a deux ans…

Senior- L’institut PMC ?

Ce nom ne nous dit rien…

Neveux- C’est normal et le contraire serait étonnant. Mais, en surface, c’est bien PMC qui héberge le simuli d’où vous venez.

Colonel- Et cet incident, de quoi s’agit-il ?

Neveux- Ce n’est pas très clair, ce ne sont que des rumeurs, mais nous en avons eu l’écho, car le créateur de PMC vient de chez nous… En tout cas, j’ai une piste à creuser et je serais bientôt en mesure de vous en dire plus, comme promis !

Vincent Tria- Et c’est seulement pour nous dire cela que vous êtes si content de vous ?

Des rumeurs sur lesquelles vous ne savez rien ou presque ?

Senior- Vincent, voyons… Monsieur Neveux a tenu sa promesse sur Topper tout de même…

Neveux- Laissez, c’est normal. Je n’ai pas encore grand-chose, c’est vrai. Mais j’ai une piste et si vous me laissez un peu de temps, je suis sûr d’arriver à apprendre ce qui vous est arrivé.

Colonel- Et en attendant ?

Neveux- En attendant, j’aimerais pouvoir profiter de vos talents uniques… Nous avons un projet captivant qui va vous intéresser, j’en suis sûr !

Senior- Un projet captivant… c’est bien présenté, mais de quoi s’agit-il ?

Si vous pouviez nous en dire plus, nous serions sûrement intéressés…

Neveux- Que diriez-vous d’accompagner Jésus pendant ses premiers pas en tant que personnage public ?

Senior- Jésus ?

Vous voulez dire « Jésus de Nazareth » ??

Neveux- Oui, celui-là, le Jésus que tout le monde connait, mais que personne n’a vraiment vu depuis. Grâce à notre projet, nous pouvons le faire revivre et voir comment il se comportait dans son époque, dans son contexte.

Vincent Tria- C’est mission impossible votre histoire !

On ne connait rien de précis sur cette époque et nous encore moins que les spécialistes !

Neveux- Rassurez-vous, je ne vous demande pas de vous transformer en experts du « Jésus historique ». Les spécialistes, nous les avons déjà.

Colonel- Que faudra-t-il faire alors ?

Neveux- Le suivre, comme si vous étiez ses disciples. En fait, nous avons prévu de commencer au moment où Jésus trouve ses deux premiers disciples : les apôtres Philippe et André qui étaient les disciples de Jean le baptiste, mais qui décident de suivre Jésus.

Vincent Tria- Et ça servira à quoi de le suivre comme si on était ses apôtres ?

Quel rôle exact devra-t-on jouer ?

Neveux- Justement, on ne sait pas vraiment, mais on pense que Jésus se conduira plus naturellement s’il est accompagné de vrais transférés plutôt que d’entités artificielles comme lui en fait. Si on veut qu’il croie à son destin, nous devons lui adjoindre des disciples prêts à le suivre, le conseiller et l’encourager, car conscients de la situation plutôt que le flanquer de robots qui vont juste savoir suivre un script. C’est tout le problème de nos recherches actuelles : pour développer des entités crédibles, nous avons besoin de les faire évoluer avec des êtres conscients, pas d’autres entités comme eux.

Senior- Vous dites que vous avez besoin de deux disciples…

Vincent Tria- Oui et nous sommes trois…

Neveux- Oh, je ne veux forcer personne. Je préférerais que vous soyez volontaires, que seuls les plus motivés fassent cette mission. À vous de voir qui préfère « passer son tour »…

Vincent Tria- Et je suis bien certain que vous aurez une mission solo à lui proposer, n’est-ce pas ?

Neveux- Vous êtes perspicace !

Vincent Tria- Cette histoire de Jésus ne m’emballe pas… Si me parliez de la mission solo donc ?

Neveux- Je sens que ça va vous plaire !

Vous m’aviez dit que vous aviez déjà effectué des missions dans le contexte du Premier Empire, si je me souviens bien…

Vincent Tria- Oui, mais une seule !

Neveux- Eh bien, il faudra y retourner et tenter de dissuader l’empereur lui-même de faire les mauvais choix qui vont précipiter sa chute…

Vincent Tria- Rien que cela !

Neveux- Oui mais, quoi qu’il arrive, le résultat de votre mission sera significatif : si vous arrivez à le convaincre, ça nous donne des indications intéressantes sur notre programmation et l’inverse sera tout aussi vrai. Bref, on sera content de vous dans tous les cas… C’est pas l’idéal ?

Vincent Tria- En effet, vu comme cela, ça va me convenir.

Neveux- Bravo !

Alors direction mars 1812 pour vous avec bel uniforme et faux papiers plus vrais que nature… Vous commencerez aux Tuileries, à vous de faire le reste…

Et pour vous deux, le gros morceau : vous allez incarner les apôtres Philippe et André au moment où Jésus quitte Jean le baptiste pour commencer sa propre quête.

On se retrouve ici dans une semaine pour faire le point sur vos progrès.

VI. Rapport de missions

Espace CR5, date inconnue

Vincent, sénior et le colonel sont de nouveau devant Neveux à la « clinique », mais, cette fois, c’est dans une grande salle et Neveux est flanqué d’assistants qui prennent activement des notes au fur et à mesure des récits de nos héros…

Neveux- Vincent, nous allons commencer par vous… Comment ça s’est passé avec notre « empereur » ?

Vincent Tria- Déjà, faut arriver à le rencontrer !

Sans l’intervention de Joséphine, je crois que j’aurais fait chou blanc en fait…

Neveux- Joséphine, l’ex-épouse ?

Elle vous a aidé ?

Vincent Tria- Oh oui et pas qu’un peu !

En fait, Joséphine est encore très présente à cette époque et se mêle de tout… Enfin, de tout ce qui lui reste, car le vrai pouvoir c’est le trio Foucher-Talleyrand-Berthier qui l’ont, chacun dans son domaine.

Bref, je me suis retrouvé dans les couloirs des Tuileries avec mon bel uniforme et mes papiers inutiles… Ceux-ci m’avaient permis d’entrer au palais, mais pour avoir une entrevue avec l’Empereur, il fallait une introduction d’un des membres du trio sinon, il fallait attendre un événement fortuit, mais ça m’aurait pris des semaines.

Foucher est inaccessible, Talleryrand était trop cher pour moi et je n’avais pas un grade suffisant pour intéresser Berthier… Heureusement, je suis tombé sur Joséphine qui semble s’intéresser aux nouveaux venus, ça été ma chance !

J’ai pu convaincre Joséphine que j’étais un devin et que j’avais de grandes révélations à faire sur l’avenir de l’empire. Avec ce que je lui ai déballé sur elle, je l’ai facilement impressionné et elle m’a cru pour le reste. Elle m’a emmené à la Malmaison où l’Empereur devait venir la visiter comme il faisait encore régulièrement. C’est elle qui m’a présenté au grand homme et celui-ci à consenti à m’écouter. Au début, il était très réticent et il fallait les interventions de Joséphine pour que je puisse poursuivre mes avertissements. Puis, il a changé d’attitude et s’est montré intéressé.

Finalement, nous avons parlé pendant des heures.

Neveux- Que lui avez-vous dit ?

Vincent Tria- Je lui ai tout expliqué, tout ce que je savais de la campagne de Russie : la poursuite des Russes avec la Grande Armée, la bataille de Borodino, l’entrée dans Moscou, l’incendie et la sortie de Moscou, la retraite, la Bérézina, la Grande Armée qui part en morceaux, le terrible hiver russe et ainsi de suite.

J’ai fini par comprendre ce qui l’intéressait : pas mes prédictions, mais ce que je pouvais lui dire sur la campagne elle-même. Il me posait des questions sur les lieux, les dates, les événements et il m’a même montré une carte comme si mes renseignements pouvaient quand même l’aider à faire pencher la balance dans son sens.

Quand j’ai réalisé pourquoi il m’écoutait, j’ai essayé de le persuader que c’était sans espoir, que l’histoire était déjà écrite, qu’il ne pouvait pas en sortir vainqueur cette fois.

Neveux- Et ?

Vincent Tria- Ça ne l’a pas impressionné, il m’a dit « Qu’est que vous croyez ? Ça fait des années que j’entends cela ! Si j’avais écouté mes généraux, mes conseillers ou même cette canaille de Talleyrand, je ne serais plus jamais parti en campagne après Austerlitz… Mais je connais bien les Russes et je peux les battre encore une fois ». J’ai eu beau lui faire valoir que, cette fois, ce n’est pas une armée qu’il allait combattre, mais l’immensité russe et son terrible hiver.

Neveux- Bien envoyé !

Vincent Tria- Oh, il en fallait plus pour l’ébranler. Je crois que même si j’avais pu projeter mes visions sur un écran, s’il avait pu voir la débâcle de ses yeux, ça ne l’aurait pas fait changer d’avis…

Neveux- Mais pourquoi ?

Parce qu’il est têtu, obstiné, imbu de sa puissance, persuadé d’avoir raison, que toutes ses victoires précédentes l’ont rendu invincible ?

Vincent Tria- Non, c’est plus simple que cela en fait. Tout ce que je lui ai raconté ne l’a pas fait changer d’avis parce que, fondamentalement, il était persuadé qu’il n’avait pas le choix. Que, envers et contre tout, il devait agir ainsi.

Il me l’a expliqué d’ailleurs. Il m’a dit clairement « Parce que vous croyez que j’ai le choix ? Mais si je ne fais rien, ils vont tous se retourner contre moi et me tomber dessus ! L’empereur de Russie me défi ouvertement en ne respectant pas le blocus, je dois le forcer à couper court avec les Anglais. Ah, les Anglais, que croyez-vous ? Ils me guettent, ils ont juré ma perte. Croyez-vous qu’ils vont me laisser régner en paix sur une grande partie de l’Europe ? Non, dix fois non. Ils vont multiplier les provocations comme au Portugal jusqu’à pouvoir lever une nouvelle coalition et tout va recommencer encore une fois.

Non, il faut punir l’empereur de Russie comme j’ai puni avant lui l’empereur d’Autriche et le roi de Prusse. Et si cette aventure doit se terminer tragiquement, eh bien soit-il !

La Grande Armée n’est pas une carte qu’on peut garder au fond de sa poche très longtemps. C’est un instrument instable qui s’use si l’on ne s’en sert pas. Je ne peux garder mes forces mobilisées si ce n’est pas pour faire la guerre. Eux aussi vont préférer mourir tragiquement mais couverts de gloire plutôt que comme des bourgeois engraissés et repus. Si j’avais le choix, je préférerais rester à m’occuper de ma famille, mais mon pouvoir est fragile, il repose seulement sur des victoires et j’ai toujours besoin d’une victoire de plus pour rester en place. »

Il m’a débité cela d’une traite. Je pense qu’il avait besoin de l’exprimer, qu’il ruminait cela depuis longtemps. Après cette tirade, il a tourné les talons et est retourné à Paris. Je n’ai pu le revoir qu’une fois, deux jours après aux Tuileries et toujours grâce à Joséphine et, une fois encore, il a tenu à me montrer les quelques cartes qu’il avait réussi à rassembler, à prix d’or selon lui… Tout ce que je lui disais ne servait à rien, il avait pris sa décision. Même Berthier qui était contre cette idée ne discutait plus et préparait la campagne.

Après cela, je suis resté avec Joséphine, car je commençais à intéresser les sbires de Fouché et ça serait devenu de plus en plus difficile de simplement rester libre…

Neveux- Votre conclusion ?

Vincent Tria- Tout l’empire tourne autour de la volonté de l’empereur, mais lui-même est prisonnier de la situation qu’il a contribué à créer. De son point de vue, la campagne de Russie est inévitable et il croit en son étoile. J’ai eu beau lui expliquer que le génie tactique dont il avait fait preuve lors des campagnes précédentes ne suffisait plus : ses adversaires se sont habitués, leurs tactiques se sont adaptées et Borodino en sera la preuve.

Donc, non, impossible de lui faire changer d’avis.

Neveux- Et la personnalité de notre empereur ?

Il vous a paru crédible ?

Vincent Tria- Tout à fait !

En fait, j’ai vite oublié que j’avais à faire à votre créature et je me suis pris au jeu complètement. Quand on est face à lui, on y croit, pas de problème. Joséphine m’a paru très bien également, très impressionnante dans son rôle d’ex-épouse qui veut encore se mêler de tout ce qui reste à sa portée.

Neveux- Bon !

On a réussi au moins cela… Mais, à vrai dire, je n’en doutais pas trop, car nos autres tests, plus limités, nous avaient déjà procuré des indications positives. Passons à notre gros morceau maintenant : qu’est-ce que nos apôtres peuvent nous raconter sur leurs aventures dans le sillage de Jésus ?

Senior- Eh bien, pour commencer, je dois dire que ce n’est pas de tout repos que de suivre Jésus : nous avons passé ces quelques jours dans des conditions misérables !

Nous avons dormi dehors le plus souvent et nous avons rarement mangé tous les jours. Nous étions fatigués et affamés, mais ce n’était pas le pire…

Neveux- Oh… Et c’était quoi le pire ?

Senior- L’insécurité !

Je dois avouer que j’ai eu peur quasiment en permanence. Entre les bandits, les zélotes agressifs, les villageois méfiants et les lapidations, la vue d’une patrouille de Romains finissait par être rassurante pour tout dire…

Heureusement que j’étais avec le colonel !

Neveux- Pareil pour vous, colonel ?

Colonel- Tria a raison : la situation était souvent tendue et j’ai cru que ça allait déraper une ou deux fois. On a eu de la chance et tout s’est bien passé, mais vrai que c’était un peu trop intense comme contexte.

Neveux- Ok, les temps sont durs en galilée au premier siècle… Mais Jésus dans tout cela ?

Senior- Quand nous avons rejoint Jean le baptiste, nous pensions y trouver Jésus comme vous nous l’aviez expliqué, mais Jean venait de le virer avec perte et fracas d’après ce qu’on a compris… ça commençait fort !

Neveux- Oui, ces deux personnages étaient en situation de compétition, cette issue faisait partie des possibles, c’est vrai…

Senior- Vous auriez pu nous prévenir quand même !

Neveux- Oui et non. Tout d’abord, on ne savait pas que ça arriverait si vite et, ensuite, on ne voulait pas vous donner trop d’éléments afin que votre comportement soit naturel.

Senior- Rassurez-vous, ça été réussi : à force d’insister pour savoir dans quelle direction notre Jésus était parti, le groupe des disciples de Jean s’est montré hostile à notre encontre… Il ne nous restait qu’à fuir à notre tour. À peine arrivé, déjà perdu !

Colonel- Bon, on a eu encore un peu de chance : on l’a retrouvé quasiment tout de suite. Il nous a accepté naturellement, même quand on lui a dit qu’on venait du groupe de Jean. On n’avait pas d’autre couverture crédible alors, on a suivi le plan, à défaut de mieux. Il n’a pas posé de question, sans doute trop heureux d’avoir un embryon de groupe prêt à le suivre…

Neveux- Et comment a évolué votre groupe justement, Jésus a-t-il réussi à faire d’autres adeptes ?

Senior- Pas vraiment. Chaque jour, il y avait un ou deux pauvres types qui se joignaient à nous sans un mot, sans doute dans l’espoir de partager notre maigre repas et les nouveaux venus de la veille avaient disparu au matin, quand ils se sont rendus compte que nous étions aussi misérables qu’eux !

Neveux- Je vois… Et les prêches ?

Senior- Ah, les prêches !

Le moment suprême pour lequel n’importe quel chrétien convaincu donnerait volontiers dix ans de sa vie pour y assister… Terriblement décevant pour le dire sobrement.

Déjà, votre Jésus n’avait pas une voix qui portait beaucoup… plutôt gênant pour un prédicateur. Ensuite, les gens de ce temps-là se moquent bien d’un prêcheur de plus : il semble qu’il y en ait autant que de Romains à cette époque et dans cette région. Donc, Jésus prêchait dans le désert la plupart du temps, nous étions sa seule audience en fait.

La seule fois où nous avons eu une petite foule pour l’écouter, c’est parce que le colonel a utilisé le gadget lumineux que vous nous aviez fourni. L’effet de halo était tel que les gens présents sur la place du marché d’un village se sont rassemblés autour de Jésus pour l’écouter… Mais dès que l’effet a commencé à s’estomper, la petite foule s’est dispersée.

Neveux- Et comment réagissait Jésus à toutes ces épreuves ?

A-t-il montré des signes de découragement ?

Senior- Non, son moral est resté bon pour ce que nous pouvions en juger. Il était très déterminé et ne semblait pas souffrir de nos conditions de vie précaires. Chaque soir, autour du feu, il posait la question rituelle aux nouveaux venus : qui croyez-vous que je sois ?

Et, à chaque fois, c’est moi qui répondais, car les nouveaux venus ne savaient pas quoi dire. Je lui répétais qu’il était le fils de l’homme, celui qui était attendu, celui qui allait montrer la voie et ça semblait lui suffire. Je dirais même qu’il en tirait une grande satisfaction.

Neveux- Colonel, un avis différent ?

Colonel- Pas vraiment, non. Tria raconte très bien ce que nous avons vu. Votre Jésus est convaincu par sa mission et sa destinée, mais c’est bien le seul. À cette époque, les gens sont frustes et seuls les miracles semblent les intéresser. Ils ont besoin de signes extraordinaires pour penser à autre chose qu’à leur survie quotidienne et on peut les comprendre. Si vous voulez que votre Jésus fasse sensation, donnez-lui le pouvoir de guérir et d’accomplir des miracles. Sans cela, il va continuer à passer inaperçu jusqu’à ce qu’une bande de brigands lui tombe dessus et le batte à mort. Ça sera moins spectaculaire qu’une crucifixion, mais plus probable.

Neveux- Bien. Merci messieurs, pour ces précieux témoignages, ça nous aide beaucoup, vraiment. Nous allons vous laisser vous reposer un peu avant de vous proposer autre chose quand vous serez de nouveau d’attaque !

Vincent Tria- Pas si vite, à votre tour de remplir votre part du marché : comment se porte notre ami, Topper ?

Neveux- C’est vrai, votre ami cataleptique… Eh bien j’ai du nouveau à ce propos.

Colonel- Il va mieux ?

Neveux- Non, il ne va pas mieux, mais on sait pourquoi désormais : ce n’est pas un transféré comme vous en fait.

Vincent, senior et le colonel se regardèrent stupéfaits.

Vincent Tria- Répétez-nous cela, s’il vous plait.

Neveux- Votre Topper n’est pas un transféré comme vous, c’est une entité artificielle. Et c’est pourquoi la révélation de sa vraie situation a été insupportable pour elle.

Senior- Attendez, j’ai côtoyé Topper pendant suffisamment de temps pour me rendre compte qu’il était comme nous, rien à voir avec les autres… « types » limités habituels.

Neveux- C’est vrai, il est différent. Sans doute un hybride : une partie vient sûrement d’un transféré cloné n fois et subtilement modifié à chaque fois, ça expliquerait son comportement réaliste. Mais, à la base, c’est bien une entité.

Colonel- Incroyable !

Mais si Topper n’est pas vraiment comme nous, comment faire le tri, comment faire le tri entre les artificiels et les êtres humains authentiques ?

Vincent Tria- À condition de croire à votre version !

Neveux- Je vous demande pardon ?

Vincent Tria- Pour le moment, vous n’avez apporté aucune preuve de ce que vous avancez. Prenons simplement le cas de Topper par exemple : à part votre parole, nous n’avons rien qui nous montre que Topper est un hybride, une entité artificielle ou quoi que ce soit d’autre et différent de nous.

De même que nous n’avons pas preuve que nous sommes dans un simuli, que vous seuls pouvez en sortir et pas nous.

Les assistants de Neveux étaient incrédules. Que se passait-il tout d’un coup ?

Leur patron allait-il se laisser défier ainsi par ces « permanents » ?

Neveux- Hum, je vois que vous avez besoin d’une petite visite guidée approfondie. On va vous organiser cela, ça me parait nécessaire. Ensuite, nous pourrons retourner aux choses sérieuses…

Le tome III est en cours de rédaction…

Allez, une petite preview rapide : je suis en train de rédiger le tome III et ça avance bien !

Déjà six chapitres de complétés. Bon, il reste encore des tonnes de travail mais c’est déjà bien orienté, si j’ose dire…

Pour preuve, voici un petit extrait (contexte : Vincent, Senior et le colonel se voient confier des missions spéciales… Vincent doit tenter de dissuader Napoléon d’envahir la Russie) et merci de garder en tête que ce texte n’a encore reçu aucune correction, rien  :

Neveux- Vincent, nous allons commencer par vous… Comment ça s’est passé avec notre « empereur » ?

VT- Déjà, faut arriver à le rencontrer !

Sans l’intervention de Joséphine, je crois que j’aurais fait chou blanc en fait…

Neveux- Joséphine, l’ex-épouse ?

Elle vous a aidé ?

VT- Oh oui et pas qu’un peu !

En fait, Joséphine est encore très présente à cette époque et se mêle de tout… Enfin, de tout ce qui lui reste car le vrai pouvoir c’est le trio Foucher-Talleyrand-Berthier qui l’ont, chacun dans son domaine.

Bref, je me suis retrouvé dans les couloirs des Tuileries avec mon bel uniforme et mes papiers inutiles… Ceux-ci m’avaient permis d’entrer au palais mais pour avoir une entrevue avec l’Empereur, il fallait une introduction d’un des membres du trio sinon, il fallait attendre une événement fortuit mais ça m’aurait pris des semaines.

Foucher est inaccessible, Talleryrand était trop cher pour moi et je n’avais pas un grade suffisant pour intéresser Berthier… Heureusement, je suis tombé sur Joséphine qui semble s’intéresser aux nouveaux venus, ça été ma chance !

J’ai pu convaincre Joséphine que j’étais un devin et que j’avais de grandes révélations à faire sur l’avenir de l’empire. Avec ce que je lui ai déballé sur elle, je l’ai facilement impressionné et elle m’a cru pour le reste. Elle m’a emmené à la Malmaison où l’Empereur devait venir la visiter comme il faisait encore régulièrement. C’est elle qui m’a présenté au grand homme et celui-ci à consenti à m’écouter. Au début, il était très réticent et il fallait les interventions de Joséphine pour que je puisse poursuivre mes avertissements. Puis, il a changé d’attitude et s’est montré intéressé.

Finalement, nous avons parlé pendant des heures.

Neveux- Que lui avez-vous dit ?

VT- Je lui ai tout expliqué, tout ce que je savais de la campagne de Russie : la poursuite des Russes avec la Grande Armée, la bataille de Borodino, l’entrée dans Moscou, l’incendie et la sortie de Moscou, la retraite, la Bérézina, la Grande Armée qui part en morceaux, le terrible hiver Russe et ainsi de suite.

J’ai fini par comprendre ce qui l’intéressait : pas mes prédictions, mais ce que je pouvais lui dire sur la campagne elle-même. Il me posait des questions sur les lieux, les dates, les événements et il m’a même montré une carte comme si mes renseignements pouvait quand même l’aider à faire pencher la balance dans son sens.

Quand j’ai réalisé pourquoi il m’écoutait, j’ai essayé de le persuader que c’était sans espoir, que l’histoire était déjà écrite, qu’il ne pouvait pas en sortir vainqueur cette fois.

Neveux- Et ?

VT- Ça ne l’a pas impressionné, il m’a dit « Qu’est que vous croyez ? Ça fait des années que j’entend cela ! Si j’avais écouté mes généraux, mes conseillers ou même cette canaille de Talleyrand, je ne serais plus jamais parti en campagne après Austerlitz… Mais je connais bien les Russes et je peux les battre encore une fois ». J’ai eu beau lui faire valoir que, cette fois, ce n’est pas une armée qu’il allait combattre mais l’immensité Russe et son terrible hiver.

Neveux- Bien envoyé !

VT- Oh, il en fallait plus pour l’ébranler. Je crois que même si j’avais pu projeter mes visions sur un écran, s’il avait pu voir la débacle de ses yeux, ça ne l’aurait pas fait changer d’avis…

Neveux- Mais pourquoi ?

Parce qu’il est tétu, obstiné, imbus de sa puissance, persuadé d’avoir raison, que toutes ses victoires précédentes l’ont rendu invincible ?

VT- Non, c’est plus simple que cela en fait. Tout ce que je lui ai raconté ne l’a pas fait changer d’avis parce que, fondamentalement, il était persuadé qu’il n’avait pas le choix. Que, envers et contre tout, il devait agir ainsi.

Il me l’a expliqué d’ailleurs. Il m’a dit clairement « Parce que vous croyez que j’ai le choix ? Mais si je ne fait rien, ils vont tous se retourner contre moi et me tomber dessus ! L’empereur de Russie me défi ouvertement en ne respectant pas le blocus, je dois le forcer à couper court avec les anglais. Ah, les anglais, que croyez-vous ? Ils me guettent, ils ont juré ma perte. Croyez-vous qu’ils vont me laisser régner en paix sur une grande partie de l’europe ? Non, dix fois non. Ils vont multiplier les provocations comme au Portugal jusqu’à pourvoir lever une nouvelle coalition et tout va recommencer encore une fois.

Non, il faut punir l’empereur de Russie comme j’ai puni avant lui l’empereur d’Autriche et le roi de Prusse. Et si cette aventure doit se terminer tragiquement, eh bien soit !

La Grande Armée n’est pas une carte qu’on peut garder au fond de sa poche très longtemps. C’est un instrument instable qui s’use si l’on ne s’en sert pas. Je ne peux garder mes forces mobilisées si ce n’est pas pour faire la guerre. Eux aussi vont préférer mourrir tragiquement mais couvert de gloire plutôt que comme des bourgeois engraissés et repus. Si j’avais le choix, je préférerais rester à m’occuper de ma famille mais mon pouvoir est fragile, il repose seulement sur des victoires et j’ai toujours besoin d’une victoire de plus pour rester en place. »

Il m’a débité cela d’une traite. Je pense qu’il avait besoin de l’exprimer, qu’il ruminait cela depuis longtemps. Après cette tirade, il a tourné les talons et est retourné à Paris. Je n’ai pu le revoir qu’une fois, deux jours après aux Tuileries et toujours grâce à Joséphine et, une fois encore, il a tenu à me montrer les quelques cartes qu’il avait réussi à rassembler, à prix d’or selon lui… Tout ce que je lui disais ne servait à rien, il avait pris sa décision. Même Berthier qui était contre cette idée ne discutait plus et préparait la campagne.

Après cela, je suis resté avec Joséphine car je commençais à intéresser les sbires de Fouché et ça serait devenu de plus en plus difficile de simplement rester libre…

Neveux- Votre conclusion ?

VT- Tout l’empire tourne autour de la volonté de l’empereur mais lui-même est prisonnier de la situation qu’il a contribué à créer. De son point de vue, la campagne de Russie est inévitable et il croit en son étoile. J’ai eu beau lui expliquer que le génie tactique dont il avait fait preuve lors des campagnes précédentes ne suffisait plus : ses adversaires se sont habitués, leurs tactiques se sont adaptées et Borodino en sera la preuve.

Donc, non, impossible de lui faire changer d’avis.

Neveux- Et la personnalité de notre empereur ?

Il vous a paru crédible ?

VT- Tout à fait !

En fait, j’ai vite oublié que j’avais à faire à votre créature et je me suis pris au jeu complétement. Quand on est face à lui, on y croit, pas de problème. Joséphine m’a paru très bien également, très impressionnante dans son rôle d’ex-épouse qui veut encore se mêler de tout ce qui reste à sa portée.

Le second extrait du tome II de « PMC »

Voici le second extrait du tome II de « Prévision Maîtrise Contrôle »…

Jeudi matin 21 juin 2023 — Institut PMC

Habib Gerdhachi alla directement voir Ronald Hobbs en arrivant à l’institut.

Hobbs- Ah, lieutenant !

Vous devez être content, votre patron triomphe sur tous les plans : le président éliminé, l’état d’urgence décrété et il fait même partie de ce comité de sauvegarde public que les médias mettent en avant comme la solution adéquate à la crise actuelle… Bien joué, bravo !

Gerdhachi- Oui, si on veut.

Hobbs- Je ne comprends pas, vous n’avez pas l’air satisfait… Pourtant, tout s’est déroulé comme vous le vouliez, non ?

Gerdhachi- Non justement. Le président a bien été éliminé mais pas du tout comme prévu : les tacticiens ont travaillé sur un accident et voilà qu’un attentat bien classique se produit. Mais ce n’est pas le pire…

Hobbs- Ah, il y a pire ?

Gerdhachi- Oui, j’ai vu le major ce matin même et je peux vous dire que j’ai été de surprise en surprise… Le major prétend que cet attentat n’est pas de notre main et qu’on s’est donc fait doubler par de vrais terroristes… Ce que je ne crois pas une seule seconde bien sûr !

Hobbs- Mais si le major vous ment, qu’est-ce que ça signifie ?

Gerdhachi- Rien de bon, évidemment. Mais il y a encore pire…

Hobbs- Allons donc, c’est à mon tour d’aller de surprise en surprise !

Gerdhachi- Oui et ça vous concerne : le major m’a demandé de vous éliminer, personnellement. C’est très inhabituel car c’est le service « actions » qui s’occupe de ce genre de tâches, normalement…

« Normalement » répéta Ronald la gorge sèche, conscient qu’il était peut-être en train de vivre ses derniers instants. Mais il lui restait une lueur d’espoir : si le lieutenant lui racontait tout cela, peut-être qu’il lui restait une option, une carte à jouer ?

Car, pendant qu’il parlait, le lieutenant avait l’air plus soucieux que menaçant…

Gerdhachi- La demande du major ne veut dire qu’une chose : c’est un test de loyauté, à mon égard. Soit je vous élimine sans poser de question, soit je suis moi-même suspect et, disons-le, le prochain sur la liste. Le major aime bien « effacer les traces » et je ne serais pas surpris d’apprendre que le commando du service « actions » a été purement et simplement effacé hier matin par leurs collègues, avant même de mettre leur accident en place.

« Et… Qu’allez-vous faire ? » demanda Hobbs en déglutissant péniblement et après avoir longuement hésité à poser la « question qui tue », c’est le cas de le dire !

Gerdhachi- Eh bien, même si je pense que mon temps est désormais compté, je me dois d’obéir au major… A moins que…

Hobbs- Oui, à moins que ?

Gerdhachi- A moins que vous ayez dans votre manche un plan qui nous permette de nous sauver tous les deux ?

Votre vie est en jeu, alors réfléchissez bien : avez-vous une option en tête, une carte à jouer ?

Je ne demande qu’à vous épargnez mais il faut y mettre un peu du vôtre !

Hobbs- Eh bien…

Gerdhachi- Oui ?

Hobbs- Il y a bien une solution qui marcherait pour nous deux mais c’est un peu radical !

Gerdhachi- Plus radical que la mort ici et maintenant ?

Allons, dites-m’en plus avant que je ne perde patience…

Hobbs- Voilà, il s’agit de nous injecter dans un de nos simulis et de fuir par ce biais…

Gerdhachi- Et que deviennent nos corps pendant ce temps ?

Hobbs- Justement, c’est là que c’est radical : on ne peut préserver nos corps actuels, il faut faire une croix dessus !

Gerdhachi- Et on devient quoi après ?

Condamner à n’être que des bits dans vos serveurs jusqu’à ce que le major ait l’idée de débrancher le cordon ?

Pas terrible comme fuite…

Hobbs- Non, une fois dans le réseau des simulis, on est définitivement à l’abri : on peut passer d’un serveur à l’autre sans même le vouloir, même si notre serveur d’origine est hors circuit, on ne va même pas s’en rendre compte. Le major peut bien débrancher les serveurs ou même réduire l’institut en poussière, une fois injecté, il ne peut plus rien contre nous !

Gerdhachi- Mouais mais s’il détient nos corps, ils peut encore nous faire du mal ici, dans le monde réel… C’est une sacrée épée de Damoclès au-dessus de nos têtes virtuelles, non ?

Hobbs- Même pas !

En fait, quand je dis qu’il faut faire une croix sur nos corps actuels c’est au sens propre du terme : j’envisage un transfert définitif et donc, destructif… Après le transfert, ce qu’il reste de nos corps est bon pour le recyclage d’organes mais pas plus !

Plus de cerveau, plus rien de tracable, rien qu’une enveloppe charnelle sans plus aucune réaction… Voilà ce que trouvera le major. Il peut même prendre cela pour un suicide si ça se trouve !

Gerdhachi- Ne sous-estimez jamais le major, tous ceux qui ont fait cette erreur ne sont plus là pour le raconter… Voyez le président par exemple !

Mais revenons à notre cas présent : OK, on lui laisse nos dépouilles pendant qu’on peut courir dans votre sable virtuel… Et après, c’est pas ce que j’appelle une vie si on ne peut plus jamais goûter au monde réel… C’est pas très loin d’un suicide en fait votre truc.

Hobbs- Ah mais attention, je n’ai pas dit qu’il fallait renoncer au monde réel, j’ai seulement dit qu’on ne pourrait plus y retourner dans nos corps actuels, nuance…

Gerdhachi- Ah ?

Vous avez des corps de rechange dans votre frigo, c’est ça ?

Et on peut faire des essayages avant de choisir son prochain corps ?

Hobbs- Hum, comme c’est une solution radicale, faut se contenter de ce qu’on trouve… Donc, non, pas de corps tout prêt à nous accueillir et pas de possibilité de choisir avant de réémerger… Mais ça ne peut pas dire qu’on ne peut pas le faire…

Gerdhachi- OK, dites-m’en plus, vous avez gagné quelques minutes supplémentaires…

Hobbs- Eh bien, il va s’agir de passer d’un simuli à l’autre pour arriver jusqu’à celui de l’X-Lausanne. Car là, il y a notre porte de sortie. Passer d’un simuli à l’autre, je suis sans doute le seul à savoir et donc à pouvoir le faire mais je ne vous cache pas que ça sera un peu effrayant…

Gerdhachi- Bon, on se fait peur pour passer d’une bulle virtuelle à l’autre et, une fois à destination, on doit faire quoi pour remonter à la surface ?

Hobbs- Je ne vous cache pas que ça n’a jamais été fait encore !

Mais j’en sais assez sur le plan théorique pour savoir que c’est possible… Une fois sur place, il faut s’arranger pour « remplacer » un des sujets d’expérience. Mais ça, on ne peut le faire seul, il faudra convaincre un des injectés du simuli de nous aider un peu…

Gerdhachi- Rien que ça !

Hobbs- Hé, j’ai pas dis que c’était sans risque ni difficultés mais je persiste à affirmer que c’est possible et je crois bien pouvoir y réussir. Mais une fois revenus dans le monde réel, dans de nouveaux corps, on sera encore plus fugitifs que dans le simuli… Et là, j’ai pas de plan à proposer…

Gerdhachi- Hum, j’ai peut-être une idée à ce sujet… Mais le transfert définitif, vous pouvez le gérer seul ?

Hobbs- ça oui, j’ai même pas besoin d’un assistant pour cela et ça tombe bien vu que Bernard est encore à l’hôpital.

Gerdhachi- Alors allons-y, on ne peut pas perdre de temps.

Hobbs- Là, maintenant, tout de suite ?

Gerdhachi- Oui, là, maintenant, tout de suite !

C’est ça ou une balle entre les deux yeux pour vous dans quelques instants et dieu sait quoi pour moi plus tard… Alors, votre choix ?

Hobbs- Allons en salle d’injection sans tarder, lieutenant !

Gerdhachi- Bonne réponse…

Camp TP1, date inconnue.

Habib Gerdhachi marchait péniblement dans le sable en essayant d’éviter de se tordre les pieds avec les gros cailloux. Cela faisait seulement une heure qu’il marchait avec Ronald Hobbs sous un soleil de plomb et il en avait déjà assez…

Gerdhachi- Ma question va vous paraître idiote mais tant pis : pourquoi nous avoir fait arriver aux abords du camp TP1 si c’était pour s’en éloigner aussitôt ?

Hobbs- Ce n’est pas une question idiote et je suis surpris que vous ayez réussi à la garder pour vous aussi longtemps !

Sérieusement, vous pensez vraiment que j’ai eu le choix ?

Il m’a fallu organiser deux transferts définitifs en urgence et je n’ai pas eu tellement le temps de peaufiner les options : il fallait faire vite et j’ai donc pris la destination par défaut et l’équipement par défaut… c’était autant de temps de gagné, voyez-vous ?

Gerdhachi- Sur le moment, je suis sûr que je vous aurais donné raison : il fallait faire vite. Après tout, c’est même moi qui vous ai dit qu’on n’avait pas une minute à perdre !

Mais là, je commence à en avoir marre de marcher dans des conditions aussi pénibles… D’ailleurs, vous ne m’avez pas dit combien de temps il nous faudrait crapahuter dans ce désert ?

Hobbs- Ah, une autre question qui était inévitable !

Le TP1 était notre point d’arrivée le plus naturel mais on ne pouvait pas y rester, ni pour se changer, ni pour demander de l’aide, ni même pour demander la bonne direction… C’est que, voyez-vous, cette « bonne direction », personne ne la connaît ici-bas !

Moi-même, je ne suis pas certain du temps qu’il va nous falloir pour couvrir ces quarante kilomètres sous ce cagnard…

Gerdhachi- Bon, quarante bornes à se taper, c’est beaucoup, surtout vu les conditions mais, au moins, ça reste jouable…

Hoobs- Oh, ça ne va pas être une partie de plaisir, croyez-moi !

Déjà, il faudrait maintenir une vitesse de 5 km/h pour parcourir ces quarante kilomètres en environ huit heures et, rien que ça, c’est pas gagné vu le terrain… Du coup, on ne va pas y arriver avant la nuit et c’est déjà un premier problème.

Gerdhachi- Et si vous me disiez ce qui nous attend au bout de ces quarante kilomètres, c’est quoi notre but en fait ?

Hobbs- Vous voyez cette ligne sombre à l’horizon ?

Gerdhachi- Oui, on dirait plus ou moins une chaîne de montagnes, non ?

Hobbs- Hum, pas tout à fait, des falaises en fait… Pas très hautes mais suffisamment raides pour ne pas être escaladé par le premier venu.

Gerdhachi- Ah ?

On va vers un mur naturel alors en fait ?

Hobbs- Pas exactement « naturel » puisque le camp est entouré par ces falaises, complètement entouré, totalement. Elles forment donc une muraille qui doit être et rester infranchissables par les « pensionnaires » du camp. Car on l’a voulu ainsi, bien entendu.

Mais, bien sûr, des falaises de granit bien raides, c’est tout de même plus discret et ça fait plus vrai que de véritables murs en béton, n’est-ce pas ?

Gerdhachi- Oui, je saisis : il ne fallait pas que les pensionnaires puissent se poser des questions face à une construction monumentale et insolite…

Hobbs- Tout à fait d’où l’idée des falaises, le meilleur décor possible en fonction de son objectif.

Gerdhachi- Mais si ces falaises sont infranchissables, pourquoi s’y dirige-t-on ?

Hobbs- Parce qu’au pied de ces falaises, il y a un puits et c’est ce puits que nous cherchons à atteindre…

Gerdhachi- Un seul puits ?

Mais vous connaissez son emplacement précis ?

Ou alors, vous avez un moyen de vous repérer et de vous orienter j’imagine ?

Hobbs- Oui et non : non, je ne connais pas son emplacement précis et oui, je sais comment m’orienter. En gros, il suffit de suivre la direction du soleil car il va se coucher à l’horizon à l’endroit exact où se situe le puits… Simple, hein ?

Gerdhachi- Mais, tout à l’heure, vous disiez qu’on n’y arriverait pas avant la nuit ?

Hobbs- Oui et c’est là que ça se corse : on va connaître la bonne direction à suivre au moment du couchant mais il va falloir passer la nuit sur place… Et ça, ce n’est pas une perspective réjouissante !

Gerdhachi- Pourquoi, il y a des bêtes sauvages qui vont venir nous dévorer ?

Hobbs- Non, rien de tel… Pas de scorpion à craindre ou autre danger naturel… Simplement, il va faire froid.

Gerdhachi- Froid ?

On a du mal à y croire en ce moment !

Hobbs- Oh oui, sous ce cagnard, un peu de froid, on aimerait bien. Mais là, sans aucun abri, je vous garantis qu’on ne va pas beaucoup dormir.

Gerdhachi- Ah ?

Il va vraiment faire si froid que cela ?

Hobbs- Oui, suffisamment pour qu’on soit vraiment inconfortable. Et encore, on n’a pas modélisé cela à l’extrême, je pense que c’est bien pire dans un vrai désert…

Gerdhachi- Eh mais je viens de réaliser qu’on n’a rien à manger ni à boire non plus !

On va devoir tenir combien de temps dans ces conditions ?

Hobbs- Pour ce qui est de manger, rien à craindre avant six jours… Mais boire, il faudra pouvoir le faire dans les 24H00. Sinon, on va s’affaiblir, progressivement. Mais ça ne sera pas trop douloureux, on n’a pas poussé jusque-là. Les systèmes biologiques sont les plus exigeants en ressources, on se contente donc de simuler les développements selon des modèles préétablis.

Gerdhachi- Justement, si vous m’en disiez plus sur le fonctionnement de vos simulis… Ce n’est que la seconde fois que je m’y retrouve et je suis

Toujours stupéfait par la fidélité des sensations : on s’y croit vraiment !

À quel niveau ce situe vos imperfections, s’il y en reste ?

Hobbs- Oh, on a encore beaucoup de chemin à faire pour que tout soit parfait mais c’est vrai que le résultat actuel est déjà impressionnant. Pour le moment, on utilise la technique du « just in sight » : on ne simule visuellement que ce qui est dans le champ de vision d’une entité. Sinon, on se contente juste de calculer les paramètres mais sans avoir à afficher l’évolution, ça économise beaucoup de ressources. S’il fallait absolument tout simuler continuellement, y compris sur le plan visuel, on n’y arriverait pas, pas avec cette définition en tout cas.

Au moment précis du coucher du soleil, Hobbs dessina une flèche sur le sol avec quelques pierres afin de repérer la direction à suivre pour le lendemain. Ensuite, la nuit tombée, les deux compères s’allongèrent afin d’essayer de dormir. Au début, ça allait à peu près mais une fois réveillé par le froid, impossible de se rendormir !

Ils passèrent tous les deux une nuit difficile qui leur paru bien longue. Ils reprirent leur marche dès les premières lueurs de l’aube, trop content de laisser derrière eux cette nuit de cauchemar…

Et, au bout de trois heures de marche supplémentaires, ils étaient enfin aux pieds de la falaise mais le puits n’était pas là. Hobbs était persuadé qu’en longeant la falaise en remontant vers le nord, ils allaient tomber dessus, forcément. Effectivement, le puits n’était pas loin mais invisible à distance : il fallait vraiment être quasiment dessus pour l’apercevoir.

Ce n’était pas un puits traditionnel avec une margelle, un petit abri et un saut au bout d’une manivelle… Non, il s’agissait plutôt d’un gouffre au ras du sol. Même en se mettant au bord, on ne pouvait rien voir car le puits était plus que sombre : complètement obscure. C’était simplement une ouverture circulaire à même le sol, large, profonde et totalement noire. On ne pouvait distinguer la paroi car il semblait que l’obscurité commençait dès la surface. Ce large trou symbolisait facilement l’idée qu’on pouvait se faire du néant.

Hobbs- Bon, c’est bien ici.

Gerdhachi- Et on en censé faire quoi ?

Il faut descendre là-dedans ?

Mais il n’y a même pas d’échelle !

Hobbs- Qui parle de descendre ?

Il faut sauter, tout simplement !

Gerdhachi- Sauter ?

Mais qui sauterait ainsi dans un puits sans fond, un trou aussi noir que profond ?

Hobbs- Justement, c’est ça l’idée : le sas ne doit pas être accueillant afin de décourager d’éventuels visiteurs…

Gerdhachi- Ah là, c’est clair, ce n’est pas encourageant, je vous accorde que vous avez réussi votre coup !

Mais y a pas moyen de faire autrement que de sauter ?

Hobbs- Quoi, vous avez peur ?

Gerdhachi- Mais bien sûr que j’ai peur !

Qu’est-ce que vous croyez, c’est effrayant votre truc là !

Hobbs- Aha, un fier officier des spéciaux, ayant les foies devant un simple trou… J’aurais donc tout vu !

Gerdhachi- Allez-y mollo avant de vous moquer de moi, d’accord ?

Parce que vous, non, pas peur du tout, hein !

Hobbs- Bof, j’ai bien une légère appréhension mais c’est parce que je ne l’ai encore jamais fait… Mais comme je sais à quoi ça sert et ce qu’il y a derrière, ça aide.

Gerdhachi- Mais moi, je ne sais pas ce qu’il y a derrière… Si vous me le disiez, ça pourrait m’aider, OK ?

Hobbs- C’est simple : ce trou n’est rien d’autre que l’interface de liaison entre deux simulis mais, bien sûr, c’est un peu maquillé afin de passer inaperçu et de décourager les curieux, voilà tout.

Gerdhachi- Et quand on saute dedans, il se passe quoi ?

On traverse le miroir et on arrive aux pays des merveilles ?

Hobbs- Ce qui se passe précisément, je n’en sais rien puisque, comme je vous l’ai dit, je ne l’ai encore jamais fait. Mais bon, je suppose qu’on va se retrouver dans un autre décor, point.

Gerdhachi- Mais il faut sauter comment ?

À pieds joints ou façon chute libre ?

Hobbs- Je vois que ça vous fait vraiment fouetter mon puits !

C’est intéressant car ça veut dire que c’est efficace : les curieux ne risquent pas de tenter le coup…

Bon, c’est pas tout ça mais il faudrait y aller maintenant.

Gerdhachi- Comme ça, directement ?

Hobbs- Ben oui. À un moment ou à un autre, il faudra bien faire le grand saut, non ?

Désolé mais je n’ai pas de préparation spéciale à vous proposez… Fermez simplement les yeux, respirez un grand coup et faite un pas en avant, voilà !

Gerdhachi- Oui, je comprends mais bon, on peut s’accorder un moment, non ?

Hobbs- Non, justement. Si on veut se mettre définitivement à l’abri, il ne faut pas perdre de temps. Ici, le temps s’écoule deux fois plus vite « qu’en haut » mais cette marge qu’on avait au départ va finir par s’épuiser. Votre major va comprendre qu’on s’est échappé et il va vouloir agir. Et, dans son cas, agir se résume à débrancher la prise. Dès qu’il va comprendre cela, il va le faire. On n’a donc pas tout le temps devant nous.

En revanche, une fois qu’on sera passé dans l’autre simuli, on sera hors de portée, définitivement. Donc, prenez votre courage à deux mains et suivez-moi… À moins que vous vouliez passer en premier ?

Les deux hommes se regardaient en silence. Ronald Hobbs pouvait lire l’angoisse dans les yeux de Cyrus Gerdhachi et il ne pouvait l’en blâmer. Lui aussi, il lui arrivait d’avoir peur, surtout en présence du major. Ce major que Gerdhachi connaissait si bien. Il reprit la parole, doucement, pour mettre Cyrus en confiance.

Hobbs- Cyrus, je pourrais passer en premier mais ce n’est pas une bonne idée. Que se passera-t-il si vous ne pouviez vous résoudre à vous lancer à votre tour ?

Donc, ce que je vous propose, c’est qu’on se lance en même temps, tous les deux.

Et Ronald lui tendit la main. Pas de façon impérieuse mais d’une façon calme, amicale, patiente… Et Cyrus, quoi qu’hésitant, finit par la serrer. Le profil des deux hommes se détachait face à ce gouffre, l’instant semblait suspendu dans la lumière crue du soleil. Ronald donna une impulsion en sentit que Cyrus ne résistait pas. Les deux corps basculèrent en avant et furent happés par ce néant noir.

Le premier extrait du tome II de « PMC » !

Voici un extrait du chapitre 3 du tome II de « Prévision Maîtrise Contrôle »…
A la fin du tome 1, Vincent et ses camarades se dispersent pour échapper aux poursuites des spéciaux. Vincent et senior décident eux d’aller en 1932 afin de disputer les 24H00 du Mans et, pour cela, vont directement voir J.A. Grégoire (déjà vu dans PDLT) après que Vincent se soit débrouillé pour récupérer la grosse somme d’argent qu’il avait laissé à l’hôtel Lutécia pendant son premier passage (voir PDLT)…

======== début de l’extrait ========

Lundi 23 mai 1932 après-midi, Versailles, garage des chantiers.

Pour Vincent, allez voir J.A. Grégoire dans son garage des chantiers à Versailles avait un goût de déjà-vu plutôt agréable finalement. Pendant sa détention au TP1, il avait eu maintes fois le temps de ressasser cet épisode et il en avait souvent ressenti une certaine nostalgie. De plus, Vincent savait désormais comment prendre le célèbre ingénieur et la conversation avançait rapidement. Heureusement que Vincent avait pris les choses en mains car Sénior restait lui bouche bée d’être devant son ancienne idole, incapable de prononcer le moindre mot devant la fascination de l’instant.

J.A. Grégoire- Participer aux 24H00 du Mans ?
Voilà un projet que je ne peux qu’approuver !
Et je dois vous avouer que, depuis que j’ai été obligé d’arrêter l’aventure Tracta, c’est vraiment ce qui me manque le plus…

Vincent- Alors, vous êtes prêt à nous y aider ?

J.A. Grégoire- Mais de tout mon cœur et de toute mon âme !
D’autant que, en vous y prenant un an à l’avance, vous avez largement le temps de bien préparer votre affaire…

Vincent- Un an à l’avance ?
Mais non !
Nous pensions à la course de cette année bien sûr !

J.A. Grégoire- Oh !
Eh bien mes amis, j’ai bien peur que vous arriviez trop tard : la liste des concurrents est bouclée depuis fin avril déjà. L’ACO a retenu 26 voitures et je doute fort qu’on puisse leur faire accepter un équipage de dernière minute, inutile de compter là-dessus, je les connais trop bien…

Vincent- Admettons qu’on ne puisse s’engager comme concurrent à part entière, soit. Mais il doit bien y avoir moyen de s’insérer dans une équipe déjà engagée, non ?
Comme je vous l’ai dit, l’argent n’est pas un problème pour nous…

J.A. Grégoire- Certes, certes, quand l’argent est là, il peut ouvrir bien des portes… Voyons voir, se pourrait-il que Charles Druck soit intéressé par votre argent, justement ?

Vincent- Qui est ce Charles Druck ?

J.A. Grégoire- Un ami à moi qui a la folie des grandeurs !
Cette année, il a réussi à engager une Bugatti 40 aux 24H00 du Mans mais je sais aussi qu’il est toujours court côté finance… Il est possible que Charles puisse vous accepter à bord finalement… Voulez-vous que je prenne contact avec lui ?

Vincent- Certainement !

J.A. Grégoire se saisit de son téléphone et appela aussitôt Charles Druck. Un premier rendez-vous fut convenu le soir même à l’hôtel Lutécia. Revenu de sa stupeur, Vincent senior prit enfin part à la conversation avec J.A. Grégoire et le bombarda avidement de questions. Vincent lui envoya même quelques coups de pieds sous la table quand senior s’aventurait sur des terrains trop glissants, ne pouvant résister à évoquer des sujets ayant trait à ce qui allait arriver dans le futur.

Lorsqu’il fut temps de rejoindre le Lutécia afin d’être à l’heure pour Charles Druck, ils embarquèrent tous dans la spacieuse Delage de J.A. Grégoire. La discussion avec Druck allait bon train car il s’avérait que l’offre que les trois compères lui proposaient tombait à pic : Druck s’est vite rendu compte que, d’une part, engager une voiture aux 24H00 du Mans coûtait bien plus que prévu et que, d’autre part, son équipier (Lucien Virlouvet) se montrait plutôt réticent à participer au budget comme il était prévu initialement. C’est ainsi que la séance d’entraînement prévue à Monthléry était sans cesse repoussée parce que Virlouvet demandait toujours un délai supplémentaire pour trouver des fonds…

Vincent- Mais cette séance à Monthléry, je peux vous la financer, moi !
S’il s’agit de louer le circuit et de payer deux mécaniciens, ce n’est pas un problème… De plus, cela vous permettra d’évaluer si je suis capable de tenir un volant correctement sur un circuit, par la même occasion.

Affaire conclue !
L’équipe nouvellement constituée promis de se retrouver à Monthléry le samedi 28 mai suivant. Vincent s’assura également de la participation de J.A.Grégoire comme conseiller.

Samedi 28 mai 1932, circuit de Linas-Monthléry.

Bien entendu, Vincent et Vincent senior n’eurent pas besoin d’attendre le samedi et sautèrent directement à la date du rendez-vous pour rejoindre J.A.Grégoire à son garage en ensuite se rendre tous ensemble sur le circuit au sud de Paris.
Charles Druck attendait le trio dans son stand et fit faire les premiers tours à la voiture avant de passer le volant à Vincent après lui avoir expliqué les particularités de la boîte de vitesse… Coiffé d’un serre-tête et muni de la paire de lunettes de Charles, Vincent s’élança sur l’anneau de Monthléry pour la première fois au volant d’une voiture de course. Le circuit loué pour ces essais se limitait à l’anneau de vitesse ponctué des chicanes nord et est. La piste était sèche et le temps était beau, quasiment sans vent ; des conditions idéales pour découvrir la voiture…
Comme prévu, Vincent rentra aux stands au bout de 3 tours pour donner ses premières impressions.

Vincent- La boite, ça va mais ce sont les freins qui m’inquiètent : c’est normal que ça freine aussi peu ?

Charles- Je n’ai rien trouvé d’anormal quand j’ai tourné avec la voiture ce matin… Donc oui, le freinage n’est pas extraordinaire mais suffisant à mon avis…

Vincent- Ah, bien… Tout de même, je m’attendais à ce que l’anneau soit en meilleur état : qu’est-ce que ça cogne au passage des plaques !

Charles- Oh oui et ça se dégrade chaque année !

Vincent repris la piste pour une nouvelle série de tours, toujours sous l’œil inquiet puis intéressé de Charles. Les chronos corrects de Vincent eurent tôt fait de détendre l’atmosphère et Charles Druck semblait soulagé de voir que son futur équipier savait se débrouiller au volant de sa Bugatti.
En fin de matinée, Vincent avait bouclé une vingtaine de tours et l’équipe s’arrêta pour déjeuner. Après avoir échangé encore avec Charles à propos de la voiture, Vincent s’isola avec Vincent senior pour lui faire part de ses impressions…

Senior- Alors, raconte-moi vite !

Vincent- Je ne sais pas par quoi commencer mais je ne te cache pas que je ne suis pas enthousiasmé…

Sn- Qu’est-ce qui ne va pas, la voiture ou le circuit ?

Vt- Le circuit est moche et pas très intéressant mais ce n’est pas grave puisque ce n’est pas ici qu’aura lieu la course… Non, c’est la voiture surtout qui ne va pas !

Sn- Qu’est-ce qu’elle a cette voiture ?

Vt- Déjà, elle est lente !
Je ne sais pas à combien elle monte en pointe mais c’est pas le Pérou, hein !
En plus, vu qu’elle n’accélère pas très fort, il lui faut de la place pour se lancer… Mais il faut déjà freiner vu que les chicanes sont là pour casser la vitesse justement. Ne parlons pas des freins, ce sont tout juste des ralentisseurs : peu puissants et qui surchauffent vite !
La direction est dure, la boite craque à chaque changement de vitesse et l’engagement des rapports n’est pas précis, j’en passe et des pires !

Sn- Ah, il y a pire ?

Vt- Oui, c’est le bruit !
Même si elle se traîne, cette voiture fait un raffut terrible !
Je me demande si c’est supportable pendant 24 heures tout de même…

Sn- Bon, tu sais quoi ?
On va parler de tout cela à J.A. Grégoire… Lui saura nous dire si tout ça est normal ou pas…

Pendant que Charles Druck inspectait la voiture avec son mécanicien, Grégoire avait réservé une table au restaurant du circuit. Le trio se retrouva en terrasse sous un parasol. L’ingénieur Grégoire était également impatient de recueillir les impressions de Vincent et ce dernier modéra un peu ses critiques face à son interlocuteur qualifié…

JAG- Hum, je comprends vos doutes…
Il se trouve que je connais un peu les Bugatti : j’ai eu un modèle 35 avec lequel je faisais des courses de côte avant de créer Tracta avec Pierre Fenaille. Je l’avais allégé au maximum afin d’améliorer ses performances mais là, le règlement des 24H00 empêche Druck de faire de même. De plus, le modèle 40 est un peu la version dégonflée de la 35. Mais cela cadre bien avec une utilisation en endurance car elle est fiable avec son taux de compression et son régime moteur abaissés et elle supporte même le carburant du commerce !
Évidemment, tout cela se paye un peu en performances mais, croyez-moi, au Mans, il faut durer avant tout…
Vous plaignez des freins et c’est normal : je connais bien ces freins à rubans car nous utilisions les mêmes sur nos Tracta et je peux confirmer qu’ils sont plutôt décevants. Bien entendu, vous pouvez vous aider de la boîte de vitesse pour ralentir au moment du rétrogradage mais n’en abusez pas car un surrégime est vite arrivé et il serait fatal au moteur.

Pour le reste, je pense qu’il s’agit d’une bonne voiture avec une bonne tenue de route, comme toutes les Bugatti. Ah, bien sûr, c’est loin de valoir le comportement d’une Tracta !
La première fois que j’ai pu tester une de nos voitures, je suis resté stupéfait par la tenue en virage : même la Bugatti 35 restait loin derrière alors qu’il s’agissait de la référence de l’époque…
Allez, ne vous découragez pas : vous avez fait bonne impression à Charles et je suis persuadé que vous allez former une bonne équipe tous les deux. D’ailleurs, je peux déjà vous annoncer votre programme de cet après-midi : mesure de la consommation maximum.

Vt- C’est-à-dire ?

JAG- Cette fois, vous allez tourner à fond sur l’anneau, sans les chicanes. Les employés du circuit ont eu instructions de retirer les barrières pendant la pause, ça devrait déjà être fait…
Donc, à fond jusqu’à épuisement du réservoir !
C’est seulement ainsi qu’on est certain de mesurer la consommation maximum de la voiture… Une mesure cruciale que vous ne pourrez pas faire au Mans de toute façon. Cela va aussi permettre de mesure la consommation d’huile du moteur et la température maximum au niveau du radiateur. Tout cela est utile et même indispensable. Croyez-moi, une bonne préparation pour une course d’endurance passe aussi par ce type de mesures que trop de concurrents négligent… Bien entendu, ce sera un peu fastidieux mais c’est le prix à payer, n’est-ce pas ?

Et c’est ainsi que se termina la séance d’essais de Vincent au volant de la Bugatti 40 : en panne d’essence sur le versant est de l’anneau de vitesse de Monthléry, à quelques centaines de mètres des stands. Toute l’équipe semblait ravie du déroulement de cette journée de découverte et de préparations. Même Vincent commençait à s’habituer à la Bugatti et son humeur s’améliorait un peu…

Sn- Tout de même, tu réalises que c’est ton baptême du feu au volant d’une voiture de course ?

Vt- Oui et non : dans mon imagination, « voiture de course » rime avec les monoplaces de mon enfance, pas avec une Bugatti qui me semble carrément préhistorique après l’avoir essayé !
Franchement, après ce test, je redoute un peu l’épreuve des 24H00 finalement : je m’aperçois que ça ne va pas être de la tarte en fait… Le freinage, le bruit, les performances faiblardes… Je me demande bien si on va arriver à être compétitif et je ne te cache pas que ça m’inquiète.

Sn- Mais alors, pourquoi avoir choisi cette période pour te lancer dans le grand bain ?

Vt- Quand j’étais retenu au TP1, je rêvais de ce que j’allais pouvoir faire une fois que j’aurais réussi à retrouver ma liberté… Et cette période me revenait toujours à l’esprit !
C’est à ce moment que j’ai réalisé que l’épisode en 1932 restait mon meilleur souvenir de mes premiers voyages dans le temps. De plus, disputer les 24H00 a toujours représenté le but ultime de ma vocation contrariée de pilote de course. Et cette époque est sans doute la dernière où un parfait amateur peut se pointer et disputer la course sans qu’on lui pose trop de questions. Enfin, c’était un moyen de te montrer cette période tout en te permettant de rencontrer J.A. Grégoire et de vivre quelque chose d’excitant avec lui… Bref, tout cela me semblait être la conjonction idéale.

Sn- Eh bien, réjouis-toi, on y est !
Moi je suis ravi d’être là avec toi dans cette aventure un peu folle… Laisse de côté tes doutes et savoure l’instant car, bientôt, fini les vacances, il faudra rejoindre le Colonel et reprendre la lutte.

Vt- Tu as raison, comme d’habitude. En fait, je voudrais quelque chose de parfait alors que ce n’est évidemment pas possible : je me lance dans un truc tête baissée, sans même réaliser ce que je vais vraiment affronter et, après, je me rends compte que ce n’est pas exactement comme ci ou comme ça !
C’est vrai, je me sens un peu stupide là…

Mardi 14 juin 1932, Le Mans, place de la République.

Vincent et Vincent senior sautèrent directement au mardi 14 juin afin de rejoindre Charles Druck au Mans. Les vérifications administratives et techniques de l’épreuve avaient lieu le mardi et les essais débutaient les jours suivants… Grégoire avait promis à Vincent d’intervenir auprès de Charles Faroux, un des organisateurs et un ami de longue date, afin que l’inscription de Vincent soit acceptée sans heurts lors des vérifications administratives. La présence de Vincent lors des vérifications techniques n’était pas nécessaire mais Grégoire avait insisté pour que Vincent y aille tout de même : « c’est important de montrer que vous faites partie de l’équipe et ça commence dès ce stade… ». La Bugatti de Druck se voit finalement attribuer le N°24 (sur 26 participants).

Mercredi matin 15 juin 1932, circuit des 24H00 du Mans.

Le lendemain, place aux choses sérieuses : les premiers essais libres sur le grand circuit des 24H00 !
Comme à Monthléry, c’est Charles Druck qui effectua le premier roulage et, au bout de deux tours, passa le volant à Vincent avec cette simple consigne : « beaucoup de monde sur la piste et beaucoup de poussière, faites attention ! ».
J.A. Grégoire y a été aussi de sa petite consigne avant que Vincent prenne le volant : « Je ne connais pas le nouveau tracé mais il n’est pas très différent de l’ancien à partir de la grande ligne droite… Prenez garde à rester au milieu de la piste lors des premiers tours et augmentez le rythme très progressivement, seulement quand vous vous sentez bien à l’aise… ».
Armé de tous ces conseils, Vincent pris enfin la piste, il entrait pour de vrai dans la légende des 24H00 !

Même Vincent senior était ému, ne sachant plus où donner de la tête pour profiter de chaque miette du spectacle : les voitures qui passaient en hurlant, les mécaniciens affairés le long des stands, les spectateurs justes au dessus, une musique de kiosque qui luttait pour se faire entendre… L’ambiance était déjà intense alors que l’événement commençait tout juste !
Pendant ce temps-là, Vincent se trouvait dans une situation inconfortable : obligé de découvrir le tracé tout en surveillant ses arrières pour laisser passer les voitures plus rapides… Au bout de trois tours, il put enfin commencer à ne plus piloter en regardant par-dessus son épaule et à se concentrer sur les méandres de la piste et aux réactions de la voiture. C’est à ce moment-là que le volontaire posté aux stands de signalisation lui montra le fanion lui signifiant de rentrer aux stands.

Ce retour imprévu était dû à la capote qui n’était pas enveloppée dans sa house mais simplement repliée. Les commissaires avaient exigé que la capote soit présentée en conformité avec sa configuration standard… Lors de cet arrêt, Vincent en profita pour boire et se plaindre la poussière. Il demanda que le pare-brise soit relevé pour se protéger un peu. « Mauvaise idée » avait répondu Charles, « si une pierre vient à le casser, il faudra le remplacer alors que je n’ai pas de rechange pour cette pièce ! ». Vincent retourna au volant dépité.
Charles repris la piste en fin de matinée alors qu’il ne restait qu’un quart d’heure d’essais.
Comme à Monthléry, la pause déjeuner fut l’occasion d’un conciliabule en Vincent, Vincent senior et JAG. Pressé de questions sur ses premières impressions, Vincent fit part de ses surprises…

Vt- Déjà, il faut voir le circuit !
La piste est bombée presque partout et surtout, elle est pleine de poussières. Ci fait qu’on roule continuellement dans un nuage de poussières, c’est gênant pour prendre des repères sûrs. Et du côté de la voiture, ce n’est pas la joie non plus : en ligne droite, elle se dandine, ondule et danse d’un bord à l’autre de la piste… Du coup, sa vitesse de pointe limitée est finalement largement suffisante pour moi !

JAG- En vérité, le circuit est aujourd’hui bien meilleur qu’à mon époque : les sections bitumées sont bien plus nombreuses mais elles sont toutes neuves et c’est sans doute pour cela qu’elles sont encore pleines de poussières. De plus, comme les organisateurs ont voulu tester plusieurs types de surfaces, les différences de revêtements ajoute encore à cette situation mais je pense que ça va aller en s’améliorant. Et, croyez-moi, mieux vaut avoir de la poussière que de la pluie au Mans !
Vous avez tourné en à peine plus de 7 minutes pour vos meilleurs chronos… Je peux vous dire que c’est plutôt encourageant pour un début !
Le fait que la voiture n’a pas une très bonne tenue de cap va s’améliorer au fur et à mesure que vos pneus vont s’user car ils sont tout neuf, ils viennent d’être montés. Vous allez voir, tout cela va se mettre en place progressivement : vos chronos vont s’améliorer au fur et à mesure de votre habitude de la piste et, bientôt, vous ne penserez même plus aux dandinements de la Bugatti !

Vt- Oui mais il y a beaucoup de voitures plus rapides, en particulières les Alfa Roméo. Mais finalement, les voitures plus lentes me gênent encore plus car il faut trouver un endroit pour les doubler et vu comment la piste est étroite, ce n’est vraiment pas évident !

JAG- Les essais reprennent cet après-midi et là, il s’agit d’une séance qualificative, il vaut mieux que vous laissiez rouler Charles qui est encore un peu plus rapide que vous.
En revanche, demain soir il y a la seconde séance d’essais libres et là, c’est du sérieux !
Vous allez pouvoir vous rendre compte ce que donne le roulage de nuit ici… En fait, ce n’est pas très compliqué sauf à certains endroits où se forment facilement des nappes de brouillards très épaisses, en particulier au petit matin.

Sn- En tout cas, l’ambiance est déjà formidable !
Et sais-tu qui j’ai rencontré ce matin grâce à l’ingénieur ?
Gabriel Voisin, rien de moins !

JAG- Oui, je connais beaucoup de monde ici et Voisin est un de mes amis. Le célèbre constructeur n’était jamais avare d’un encouragement ou même d’un coup de main quand j’engageais Tracta ici…

Vt- Et la course ne vous manque pas ?

JAG- Oui et non. En fait, quand nous allions au Mans, je devais m’occuper de tout, un capitaine d’équipe en quelque sorte… Cette suractivité enlevait une grande part du plaisir de rouler. De plus, c’est en me frottant à des vrais pilotes que j’ai réalisés que je n’étais pas aussi doué que je me l’imaginais… Cela aussi m’a un peu coupé l’envie.
À propos, vous roulez en compagnie de sacrées pointures ici, le saviez-vous ?
Raymond Sommer fait partie de l’écurie qui engage les Alfa et il faut le voir en piste !
Si sa voiture supporte le traitement qu’il va lui faire subir, c’est évident qu’il va survoler la course… Mais, justement, le Mans, ce n’est pas une course de sprint. Je sais que c’est difficile à intégrer mais il faut à tout prix ménager sa voiture pour être à l’arrivée, il n’y a que cela qui compte.

Vincent pu reprendre le volant de la Bugatti en fin d’après-midi après que Charles soit en mesure de signer un chrono satisfaisant. Le soleil était encore haut dans le ciel et l’activité battait son plein sur la piste et à l’intérieur de l’enceinte. Suivons Vincent pendant un tour complet à bord de la Bugatti.

Tout de suite après la ligne droite des stands, le circuit prend à droite pour une longue courbe en montée qui matérialise la nouvelle section inaugurée cette année. En haut de cette longue courbe prise en 3ème, la Bugatti passe sous une passerelle en bois bardée de publicités pour les bougies Champion. Tout de suite après, la piste descend vers un enchaînement, ce qui permet de passer la 4ème brièvement avant de reprendre la 3ème pour un premier virage à gauche suivit d’un autre à droite. Ce « S » est bordé de talus abrupts qui font penser à une tranchée. Il y a une bosse en sortie et une autre passerelle « Champion » avant le virage à droite dit « du Tertre rouge ». Ce virage, pris en seconde débouche sur la grande ligne droite du circuit du Mans, bordée d’arbres et de quelques maisons. Ici, on a le temps de monter les régimes et de passer la 4ème tout en restant bien à droite pour laisser passer les voitures les plus rapides. La Bugatti danse et oscille d’un bord à l’autre. La carrosserie vibre et le moteur donne tellement de la voix qu’on ne peut imaginer qu’on croise seulement à 120 km/h !

À un moment, on prend une légère courbe à droite (qui passe à fond) qui annonce une petite montée : c’est la fin de la grande ligne droite. La descente qui suit nous amène au virage à droite qui permet d’éviter d’entrer dans le village de Mulsanne. C’est un virage lent qu’on prend en seconde et il faut donc rétrograder soigneusement et bien prendre ses distances pour réussir le freinage (et ne pas trop surchauffer les freins… Heureusement, l’entrée du village de Mulsanne peut servir d’échappatoire). Vincent aimerait bien pouvoir passer directement du 4ème rapport au second mais la boite de la Bugatti ne permet pas une pareille excentricité !

Non, il faut recourir au double débrayage systématique et bien décomposer la manœuvre pour ne pas trop faire grincer cet organe…
Après Mulsanne, on a de nouveau une longue section quasiment rectiligne (avec juste deux légères cassures à droite) qui nous emmène vers le fameux virage d’Indianapolis. Ce dernier est en fait précédé par un virage à droite qui enchaîne sur le gauche du nom du circuit américain. Du coup, on procède au freinage en deux parties : d’abord pour le premier virage à droite qu’en enroule sur le 3ème rapport et on rentre la seconde entre les deux pour passer le virage à gauche qui est bien plus lent que le précédent. Une courte ligne droite débouche sur un nouveau virage à droite, encore plus lent qu’Indianapolis, qui permet d’éviter le village d’Arnage.

Après ces enchaînements assez lents, on a de nouveau une portion plus ou moins rectiligne qui monte légèrement et qui débouche sur le fameux S de « maison blanche ». Le S de maison blanche commence par une grande courbe à droite assez rapide qu’on pourrait prendre en quatrième mais, comme il faut tout de suite rétrograder ensuite en 3ème afin de négocier le virage à gauche qui suit, Vincent préfère rétrograder avant et enrouler le tout en 3ème… La première courbe est facilement effacée et cela permet à Vincent de bien rester sur la droite avant de plonger à gauche pour la seconde. Mais, même correctement exécutée, cette manœuvre reste périlleuse car la voiture sort de la seconde courbe au ras du mur de la ferme qui borde la sortie de « maison blanche ». Ici, la Bugatti a même tendance à partir dans une légère dérive qui fait battre le cœur de Vincent plus fort que partout ailleurs…
Après maison blanche, une nouvelle ligne droite permet de rejoindre les stands de ravitaillement et le tour est bouclé.

À la fin de la journée, Vincent fit le point de la situation avec Vincent senior :

Vt- Bon, le positif est que je commence à m’habituer à tout cela. Le négatif, c’est que c’est tout de même bien plus difficile que prévu !

Sn- Mais enfin, tu t’attendais à quoi ?
À une promenade de santé ?
Il s’agit des 24H00 du Mans tout de même !

Vt- Oui, certes. Mais en visant l’édition de 1932, je me disais que la compétition ne serait pas trop relevée et que je pourrais y figurer sans être débordé… Je m’aperçois que ça va bien plus vite que ce à quoi je m’attendais finalement.

Sn- Evidemment, avec Raymond Sommer et Louis Chiron en piste, ça ne peut pas ressembler à une procession religieuse !
Pourtant, je trouve que tu te débrouilles plutôt bien pour un débutant complet… Tu peux être fier de toi en fait !

Vt- Pour le moment, je suis trop concentré sur ce que j’ai à faire pour me lancer des fleurs… Mais j’ai bon espoir pour la suite : si la voiture tient le coup, on ne devrait pas être trop loin.

Jeudi soir 16 juin 1932, circuit des 24H00 du Mans.

Le jeudi, les essais étaient programmés en début de soirée afin de permettre aux concurrents d’affronter les conditions nocturnes. Jusque-là, Vincent est confiant : ces bon débuts de la veille lui ont permis de prendre confiance et il a même hâte de découvrir le tracé de nuit. Mais, une fois au volant, c’est la stupeur : les phares ne portent pas très loin et on ne voit presque rien !
De plus, les cahots secouent tellement la voiture que les ampoules cassent rapidement. Vincent rentre aux stands au ralenti en espérant ne pas se faire percuter par les autres pilotes… JAG trouve la solution : il préconise de monter les phares sur des supports souples afin de neutraliser les vibrations et ainsi, de préserver les ampoules.
Mais le résultat est encore plus mauvais en terme de visibilité : le pinceau des phares tremble tellement qu’il en devient quasiment inutile. Dans ces conditions, Vincent hésite à enchaîner les tours mais Charles Druck insiste : « persévérez, vous allez vous habituer ». Vincent roule mais bien plus lentement que la veille et le moral en prend un coup.
Le vendredi est jour de repos afin de permettre aux concurrents de remettre leurs voitures en état avant le départ. La Bugatti N°24 est créditée du 15ème meilleur temps aux essais qualificatifs grâce au chrono de 6’20 réalisé par Charles Druck lors des essais du mercredi alors que Vincent se contentait d’un chrono en 6’29 considéré comme honorable vu sa faible expérience du tracé et de la voiture.

Samedi matin 17 juin 1932, circuit des 24H00 du Mans.

C’est le grand jour et la foule des grands événements est au rendez-vous : ombrelles, dames avec des coiffes élaborées, messieurs en canotiers, foules populaires dans les tribunes… Tout est réuni pour sentir que le grand moment est proche !
Avant le départ, Charles et Vincent conviennent de se relayer tous les 10 tours, ce qui va représenter entre 1H05 et 1H10 de course (soit une moyenne de 6’30 » au tour à peu près) et de remettre 30 litres d’essence à chaque relais. Un changement de pneus n’est pas prévu mais on a quand même un jeu de roues de rechange en cas de dégâts (pneu crevé ou roue abîmée par un trou). Vincent s’essaye à un changement de roue et ce n’est pas facile : il faut taper au marteau sur un écrou en forme de papillon, c’est lent et pénible.
Le départ est pris par Charles Druck et il boucle le premier tour en 20ème position. Mais, au bout de son premier relais, il est déjà remonté en 17ème position avant de passer le volant à Vincent. Il fait beau et chaud mais l’absence de pluie depuis quelques semaines fait que la piste est toujours très poussiéreuse et qu’un nuage est soulevé en permanence par les concurrents qui le précède ou qui le double. En particulier, les Alfa Roméo (7 d’engagées !).
========= fin de l’extrait ===========

La rédaction du tome II continue et cet extrait va sans doute connaitre des modifications plus ou moins importantes dans les mois qui viennent…